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Soft skills : et si on arrêtait de recruter des CV pour commencer à comprendre les humains ?

Par Robertino Calcaterra
a man and a woman sitting at a table looking at a laptop

Deux freelances. Les mêmes compétences. Dix ans d'expérience chacun. Et pourtant, l'un transforme votre projet quand l'autre transforme vos réunions en cauchemar. La différence ? Elle ne se trouve probablement pas sur leur CV.

Bienvenue dans le monde des soft skills. Ces compétences dont tout le monde parle, que chacun prétend posséder, mais que peu d'entreprises savent réellement évaluer.

Et si les sciences cognitives et comportementales pouvaient nous aider à changer la donne ?

Les soft skills, c'est quoi exactement ?

Commençons par une idée simple.

Les compétences techniques, ou hard skills, permettent de savoir si quelqu'un est capable de faire un travail. Les soft skills nous renseignent sur sa manière de le faire.

Prenez deux consultants achats. Tous deux maîtrisent la négociation, connaissent leurs marchés fournisseurs et savent piloter un appel d'offres. Sur le papier, difficile de les départager.

Mais placez-les dans une organisation où les équipes sont sous tension, les décisions tardent et les fournisseurs sont difficiles à mobiliser.

Le premier cherche à imposer sa méthode, s'agace des résistances et finit par travailler seul. Le second prend le temps de comprendre les interlocuteurs, adapte sa communication, identifie les blocages et fait avancer les décisions.

Même expertise technique. Deux expériences radicalement différentes pour le client.

Ce qui change ? Leur façon de communiquer, de gérer les désaccords, de prendre des décisions et de s'adapter aux autres. Voilà ce que recouvrent les soft skills.

Et non, être sympathique, souriant ou extraverti ne suffit pas à faire de vous quelqu'un doté de bonnes compétences comportementales.

Le paradoxe du recrutement : on sélectionne des compétences, puis on découvre des comportements

Regardons comment se déroule encore une grande partie des recrutements.

On commence par un CV. On vérifie les diplômes, les expériences, les certifications et les compétences techniques. Puis vient l'entretien.

Le candidat raconte son parcours, partage quelques réussites, explique qu'il est autonome, adaptable, à l'écoute et qu'il aime travailler en équipe. Parfait. Tout le monde est rassuré.

Sauf qu'on vient surtout de vérifier sa capacité à parler de lui-même. Pas nécessairement sa capacité à agir dans une situation réelle.

Une personne peut être brillante en entretien et rencontrer des difficultés lorsqu'elle doit gérer un conflit. Une autre peut être moins à l'aise pour se vendre, mais remarquable pour fédérer une équipe ou prendre des décisions complexes.

Le problème n'est pas que les recruteurs ignorent les soft skills. C'est qu'ils les confondent parfois avec l'impression que leur laisse un candidat. Et cette impression peut être trompeuse.

Une étude de Leadership IQ, menée sur 20 000 recrutements dans 312 organisations, attribuait 89 % des échecs de recrutement étudiés à des facteurs comportementaux plutôt qu'à un manque de compétences techniques.

Note

Source : Leadership IQ, Why New Hires Fail. Ce chiffre, issu d'un cabinet privé, doit être considéré avec prudence. Il ne constitue pas une règle universelle.

Mais il illustre une réalité familière : on peut recruter une personne pour ce qu'elle sait faire et rencontrer des difficultés avec la manière dont elle travaille.

Ce que les sciences cognitives nous apprennent sur nos comportements

C'est ici que le sujet devient particulièrement intéressant.

Pendant longtemps, les soft skills ont été abordées comme des qualités personnelles un peu floues : le leadership, l'intelligence émotionnelle, l'adaptabilité, l'esprit d'équipe… Des mots que l'on retrouve partout, mais qui ne veulent pas toujours dire la même chose selon les personnes.

Les sciences cognitives et comportementales permettent d'aller plus loin. Elles s'intéressent notamment à la façon dont nous traitons l'information, prenons des décisions, réagissons à l'incertitude, régulons nos émotions et interagissons avec les autres. Autrement dit, elles cherchent à comprendre les mécanismes qui influencent nos comportements.

Prenons un exemple. Face à une décision urgente, certains professionnels vont chercher à collecter un maximum d'informations avant d'agir. D'autres vont privilégier une décision rapide, quitte à l'ajuster ensuite.

Qui a raison ? Tout dépend du contexte.

Dans une situation de crise, la rapidité de décision peut être précieuse. Sur un projet à forts enjeux réglementaires, la prudence et l'analyse approfondie peuvent être indispensables.

Un comportement n'est pas bon ou mauvais dans l'absolu. Sa pertinence dépend aussi de l'environnement dans lequel il s'exprime. C'est une nuance fondamentale.

Et c'est précisément pour cette raison que les approches comportementales sont intéressantes pour le recrutement : elles invitent à regarder au-delà des qualités déclarées pour s'intéresser aux comportements observables et à leur adéquation avec une situation professionnelle.

Attention

Les neurosciences ne permettent pas de lire dans le cerveau d'un candidat, ni de prédire avec certitude son comportement futur. Leur intérêt est d'éclairer notre compréhension du fonctionnement humain, pas de transformer les individus en équations.

Les soft skills les plus utiles ? Mauvaise question.

Tapez « meilleures soft skills » sur Google. Vous trouverez des listes de 10, 20, parfois 50 compétences indispensables.

Créativité. Empathie. Leadership. Résilience. Communication. Adaptabilité.

Très bien. Mais indispensables pour qui ? Pour quoi ? Et dans quel environnement ?

Un consultant qui intervient seul sur une mission d'expertise technique n'a pas nécessairement besoin des mêmes compétences comportementales qu'un directeur de transformation chargé de fédérer quinze équipes. De même, une startup qui évolue dans l'incertitude ne fonctionne pas comme un groupe industriel fortement structuré.

Alors plutôt que de chercher les soft skills universellement idéales, intéressons-nous à celles qui font réellement la différence selon les missions.

Les compétences relationnelles : savoir travailler avec les autres

Communiquer clairement, écouter, gérer un désaccord, collaborer avec des personnalités différentes.

Ce n'est pas simplement une question de convivialité. C'est la capacité à faire circuler l'information, construire la confiance et éviter que des incompréhensions ne deviennent des blocages.

Les compétences cognitives : savoir réfléchir quand les réponses ne sont pas évidentes

Esprit critique, résolution de problèmes, créativité, priorisation, capacité d'apprentissage.

Ces compétences prennent toute leur importance lorsque les situations deviennent complexes. Quand il n'existe pas de procédure toute faite. Quand les informations sont incomplètes. Quand il faut arbitrer.

Les compétences émotionnelles : rester efficace quand la pression monte

Gestion du stress, conscience de soi, régulation émotionnelle, résilience.

Un professionnel peut parfaitement maîtriser son sujet et perdre ses moyens face à une situation conflictuelle. À l'inverse, quelqu'un qui reconnaît ses propres réactions et sait les réguler peut contribuer à maintenir un environnement de travail constructif.

Les compétences organisationnelles : transformer les intentions en résultats

Autonomie, fiabilité, prise d'initiative, gestion du temps, adaptabilité.

Pour un freelance, elles sont particulièrement importantes. Car le client ne cherche généralement pas une personne qu'il devra accompagner au quotidien. Il cherche quelqu'un capable de comprendre un objectif, de s'organiser et d'avancer.

La bonne soft skill n'est pas celle qui fait joli sur LinkedIn. C'est celle qui devient utile au bon moment, dans le bon contexte.

Et si le vrai sujet était la compatibilité comportementale ?

Imaginez maintenant deux situations.

Dans la première, une entreprise recherche un consultant pour structurer une direction achats. L'organisation est très hiérarchisée, les validations nombreuses et les parties prenantes particulièrement attentives au respect des processus.

Dans la seconde, une startup cherche exactement la même expertise technique. Mais ici, les priorités changent chaque semaine, les décisions se prennent rapidement et les méthodes restent à construire.

Un même consultant pourrait être excellent dans l'une de ces organisations et beaucoup moins efficace dans l'autre. Pas parce qu'il serait devenu moins compétent. Simplement parce que son mode de fonctionnement correspondrait davantage à un environnement qu'à l'autre.

C'est toute la différence entre rechercher le meilleur profil sur le papier et rechercher le profil le plus adapté à une mission.

Et cette adéquation ne se résume pas à une affinité personnelle. Il ne s'agit surtout pas de recruter des personnes qui nous ressemblent, pensent comme nous ou partagent nos habitudes. Au contraire, la diversité des façons de réfléchir et de travailler peut être une richesse considérable.

L'enjeu consiste à identifier les comportements réellement nécessaires à la mission, les contraintes de l'environnement et les complémentarités utiles au collectif.

Le meilleur expert n'est pas toujours celui qui possède le plus de compétences. C'est celui qui saura les mobiliser efficacement dans votre contexte.

Peut-on vraiment évaluer les soft skills ?

Oui. Mais certainement pas en demandant simplement : « Êtes-vous adaptable ? »

Personne ne répondra : « Non, je suis totalement incapable de changer mes habitudes. » Et c'est bien le problème. Les déclarations d'intention ne suffisent pas à comprendre comment une personne agit.

Pour aller plus loin, plusieurs approches peuvent être combinées.

  • Les entretiens structurés, d'abord. Plutôt que de se fier à une conversation improvisée, on interroge les candidats sur des situations concrètes, avec des critères d'évaluation définis à l'avance.
  • Les mises en situation, ensuite. Comment une personne réagit-elle face à un désaccord ? Comment priorise-t-elle plusieurs urgences ? Comment explique-t-elle une décision impopulaire ?
  • Les évaluations comportementales standardisées, enfin, lorsqu'elles reposent sur des outils dont la fiabilité et la validité ont été étudiées.

L'apport des experts en sciences cognitives et comportementales est notamment d'aider à identifier les dimensions pertinentes, à construire des situations d'évaluation cohérentes et à interpréter les résultats avec méthode.

Car il existe une différence importante entre mesurer un comportement et prétendre connaître une personnalité dans son intégralité. Aucun questionnaire ne peut résumer un individu. Aucun score ne peut garantir la réussite d'une collaboration. En revanche, une évaluation rigoureuse peut apporter des informations complémentaires au CV et à l'entretien technique.

L'objectif n'est pas de mettre les humains dans des cases. C'est de prendre des décisions moins dépendantes de nos intuitions.

Nous détaillons la méthode, étape par étape, dans Comment évaluer les soft skills avant de recruter.

Les soft skills peuvent-elles évoluer ?

Heureusement, oui. Nous ne sommes pas condamnés à travailler toute notre vie de la même manière.

Nos comportements évoluent avec l'expérience, l'environnement, les apprentissages et les retours que nous recevons. C'est notamment ce que permet la plasticité cérébrale : notre cerveau conserve une capacité d'adaptation et d'apprentissage.

Mais toutes les compétences comportementales ne se développent pas à la même vitesse. Apprendre à structurer une réunion, à reformuler une demande ou à mieux organiser son travail peut produire des progrès relativement rapides. Modifier une réaction profondément ancrée face au conflit, à l'incertitude ou à la perte de contrôle demande généralement davantage de temps et de pratique.

Et surtout, cela suppose une démarche active. Suivre une formation sur l'intelligence émotionnelle ne rend pas automatiquement plus intelligent émotionnellement. Lire un livre sur le leadership ne transforme pas instantanément quelqu'un en leader.

C'est la mise en pratique, accompagnée de feedback et de répétition, qui permet de faire évoluer les comportements.

Pour les freelances, c'est une excellente nouvelle. Leur développement professionnel ne se limite pas à accumuler des certifications techniques. Ils peuvent aussi travailler leur communication, leur capacité à convaincre, leur rapport au stress ou leur manière de collaborer. Autant de compétences qui peuvent devenir de véritables facteurs de différenciation.

Demain, les compétences techniques suffiront-elles encore à faire la différence ?

Avec l'essor de l'intelligence artificielle, la question mérite d'être posée. De nombreuses tâches techniques évoluent rapidement. Certaines sont automatisées, d'autres deviennent plus accessibles grâce aux outils numériques.

Cela ne signifie pas que l'expertise technique va disparaître. Bien au contraire. Mais savoir utiliser un outil ne suffit pas toujours à créer de la valeur. Il faut encore comprendre un problème, poser les bonnes questions, arbitrer, convaincre et travailler avec des personnes dont les intérêts ne sont pas forcément alignés.

Un outil peut aider à préparer une négociation. Il ne construit pas à lui seul la confiance entre deux organisations. Une IA peut proposer plusieurs scénarios stratégiques. Elle ne porte pas à votre place la responsabilité des décisions prises. Et un excellent tableau de bord ne remplacera pas la capacité d'un manager à mobiliser son équipe.

À mesure que les outils évoluent, la manière dont nous mobilisons nos compétences humaines peut devenir un facteur de différenciation encore plus important. C'est aussi pour cela que les soft skills méritent mieux qu'une rubrique en bas de CV.

Chez Migbirds, nous pensons qu'un CV ne raconte qu'une partie de l'histoire

Pendant des années, le marché du freelancing s'est principalement organisé autour d'une logique assez simple : une entreprise exprime un besoin technique, une plateforme recherche les profils correspondants, puis les candidats sont comparés sur leurs expériences, leurs disponibilités et leurs tarifs.

Cette approche est utile. Mais elle laisse de côté une question essentielle. Comment savoir si un expert saura réellement s'intégrer à un environnement, collaborer avec ses interlocuteurs et mobiliser ses compétences dans les conditions spécifiques de la mission ?

C'est cette question qui nourrit notre approche. Chez Migbirds, nous souhaitons aller au-delà du simple matching de compétences techniques en intégrant une lecture comportementale des profils et des environnements professionnels.

En nous appuyant sur les apports des sciences cognitives et comportementales, notre ambition est de mieux comprendre les modes de fonctionnement individuels et les conditions qui favorisent une collaboration réussie.

Non pas pour promettre un recrutement infaillible. Mais pour donner aux entreprises et aux freelances des éléments de compréhension supplémentaires, et favoriser des collaborations plus pertinentes.

Parce qu'un CV peut vous dire ce qu'un expert a déjà réalisé. Mais pour comprendre comment il pourrait réussir avec vous, il faut parfois regarder bien au-delà.

Et si on regardait enfin ce qui fait vraiment la différence ?

Que vous soyez freelance à la recherche de missions qui vous correspondent ou entreprise en quête du bon expert, les compétences techniques ne racontent pas toute l'histoire.

Découvrez comment Migbirds intègre les dimensions humaines et comportementales dans sa vision du matching professionnel.

Ces comportements pèsent encore plus à distance, où l'écrit, l'initiative et la fiabilité remplacent la présence. Notre guide des missions freelance en télétravail montre ce qui change, et nos guides par secteur ce que chaque métier attend.

Pour la version courte, notre glossaire définit les soft skills en quelques lignes, à côté des compétences comportementales, le terme qu'emploie l'évaluation pour les mêmes aptitudes.

Questions fréquentes

Quelle est la traduction de « soft skills » en français ?
La traduction la plus exacte est « compétences comportementales ». On rencontre aussi « savoir-être », plus ancien et davantage associé à l'attitude, ainsi que « compétences transversales », plus large puisqu'il inclut des compétences techniques transférables. Dans l'usage professionnel courant, le terme anglais reste largement dominant.
Combien de soft skills existe-t-il ?
Il n'existe pas de liste fermée, et les inventaires publiés vont d'une dizaine à plusieurs centaines d'items selon le niveau de détail retenu. Les regrouper par famille, relationnelles, cognitives, émotionnelles et organisationnelles, est plus utile que chercher un nombre exact.
Comment identifier ses propres soft skills ?
Deux points d'entrée pratiques : ce que vos collègues viennent vous demander, et ce que vous faites sans qu'on vous le demande. Les deux révèlent des comportements que vous ne remarquez plus parce qu'ils vous semblent évidents. Une évaluation comportementale standardisée apporte un regard extérieur là où l'autoévaluation est peu fiable.
Quelles soft skills mettre sur un CV ?
Aucune sous forme de liste d'adjectifs. « Rigoureux, autonome, bon communicant » ne dit rien, parce que tous les candidats écrivent la même chose. Ce qui fonctionne, c'est de les démontrer dans la section expérience : une situation, une action, un résultat.
Les soft skills sont-elles plus importantes que les hard skills ?
La question est mal posée, car les deux sont nécessaires et ne remplissent pas la même fonction. Le vrai déséquilibre est ailleurs : les processus de recrutement évaluent bien les hard skills et beaucoup moins bien les soft skills, alors que de nombreux échecs se jouent précisément sur ce second versant.
Robertino Calcaterra

Robertino Calcaterra

Growth & Marketing at Migbirds